Laisser aller, laisser venir : Les poumons, l'ego et notre capacité à être ouvert à la vie

Par Ulrich Freitag

Dans notre vie, nous tenons physiquement un certain nombre de choses. Un ouvrier utilise des outils ; un jardinier, un sarcloir ; un joueur de tennis, une raquette. Tout va bien tant que nous ne nous étirons pas de muscles et que nous savons quand lâcher prise. Les méridiens Poumon et Gros Intestin, qui représentent l'élément Métal, traversent les muscles des mains, des bras et des épaules qui se contractent pour tenir les objets ou s'y agripper et se détendent pour les lâcher. Les Poumons et le Gros Intestin ont comme fonction de base essentielle de trouver la force, tenir et laisser aller ce dont on n'a plus besoin.

Dans certaines circonstances, la vie nous demande ou nous oblige à tenir plus longtemps que nous ne l'aurions aimé, mais le plus souvent nous persistons, par ambition ou par fierté. Nous travaillons longtemps pour avoir une nouvelle voiture, un meilleur système de son, quelque chose de plus grand, ou qui va plus vite. Quand nous négligeons les messages de notre corps, nous avons tendance à développer des problèmes physiques.

Un exemple simple : nos muscles se crispent quand nous tenons quelque chose trop longtemps. Nous pouvons commencer à sentir une douleur dans les bras et les épaules, les muscles peuvent alors enfler et devenir chauds et nous pouvons même développer une tendinite. Les points de Poumon et du Gros Intestin sur les bras peuvent être très douloureux. Les déséquilibres associés traditionnellement à ces méridiens sont : membres froids, paumes chaudes, difficulté à respirer et congestion dans la poitrine, sueur excessive, mal dans le haut du dos, mal à la gorge et fatigue.

La vie ou le respect de soi peut conduire à un certain type de tension, par exemple, pour garder un emploi, mener à terme un projet, respecter une promesse, être fidèle à une philosophie. Nous pouvons conserver trop longtemps un certain idéal ou certains objectifs, de la même façon que nous tenons trop longtemps un outil. On peut tenir une raquette de tennis trop longtemps ou trop fermement jusqu'à avoir une épicondylite. Nous pouvons de la même manière tenir à un style de vie et à un idéal jusqu'à être endetté, vivre une séparation impardonnable, ou souffrir physiquement.

La vraie question est : « qu'est ce qui nous pousse à nous accrocher ainsi ? ». Pour trouver la réponse, nous devons regarder avec attention notre personnalité ou ego. Notre personnalité, avec tous ses conditionnements et ses désirs, est une partie du conscient et de l'inconscient collectif émanant de nos parents, de nos professeurs, de la télévision, de la religion… Notre personnalité est juste la coquille, et non pas ce que nous sommes réellement. Réaliser ceci est le début de la prise de conscience. L'équilibre de l'élément Métal, ou des aspects de notre psyché qui y sont reliés (appelés P'o), est l'ouverture et le non-attachement. Ceci commence quand on accepte de regarder les choses en face, y compris nos conditionnements, nos attitudes et nos défenses telles qu'elles sont. C'est un art de ne pas les rejeter, de leur faire face et de les sentir. Cette acceptation amène le respect de soi et ouvre la porte vers ce que nous sommes réellement.

Le problème est que nos idéaux personnels et collectifs sur ce que nous devrions être est souvent en profonde contradiction avec notre réalité intérieure. Ce conflit peut se refléter par des tensions et des douleurs dans les bras et les mains, ainsi que par de la fatigue et un engourdissement émotionnel. Voyons quelques exemples.

Nous devons être heureux et gentils. Quand nous sommes tristes et en colère, nous le cachons. Nous devons être indépendants, forts et calmes alors nous cachons nos besoins, notre vulnérabilité et notre dépendance. Nous cachons de même nos pulsions sexuelles, parce qu'enfant nous avons appris que c'est sale et animal. Notre spontanéité et notre créativité peuvent avoir aussi été bloquées par les règlements institués par les parents et par l'école afin que nous devenions des membres contrôlés et utilisables, de la main d'œuvre.

La génération Nouvel Age a son propre discours pour nous conditionner avec des idéaux tels que : être ouverts, méditer, comprendre, être inconditionnel. On apprend alors à cacher qu'on est inquiet, fermé ou juste fâché. On réprime les sentiments de jalousie, d'amertume pour des idéaux d'acceptation, de compassion et d'amour.

Si nous restons accrochés à nos idéaux et que nous ne permettons pas à nos véritables sentiments de s'exprimer, nous nous sentons étouffés, paralysés, engourdis, isolés, fatigués, morts, anxieux ou on peut tout simplement tomber malade. Comme il y a répression émotionnelle, nous devenons critiques et sarcastiques, blâmant et condamnant les autres aussi bien que nous-mêmes. Nous sommes en lutte intérieurement et extérieurement. Grâce à la rationalisation, on peut se sentir « au-dessus de tout ça », mais en réalité, les trous noirs de notre psyché s'élargissent, laissant notre enfant intérieur, avec ses sensations et ses désirs profonds, complètement affamé.

Une des plus grandes illusions que nous puissions avoir est de penser que nous sommes toujours conscients, accueillants et avec l'esprit ouvert. Cependant, l'ouverture est la clé. Cela ne signifie pas adopter une attitude stoïque ou une réserve émotionnelle, mais plutôt accepter notre ego et nos désirs, nos idéaux et nos liens. (1)

Une attitude stoïque, qui reflète « une fierté défensive » et empêche l'ouverture, est souvent associée à des tensions le long des méridiens du Poumon et du Gros Intestin. L'acceptation est le premier pas effectif vers l'alchimie de la transformation. Être à l'écoute des fonctions et des réponses du corps nous aide à induire un réel changement d'énergie vers l'ouverture. Arrêtez-vous simplement, asseyez-vous, sentez les blocages dans votre poitrine et votre ventre et prenez le temps de respirer. Respirez dans les endroits qui sont tendus et touchez les points qui sont reliés à ces endroits en vous fiant aux mouvements spontanés du corps et en permettant toute manifestation de douleur. En laissant sortir la pression et en se permettant de sentir les émotions de peine – tels que le chagrin, la tristesse et l'anxiété – nous pouvons avoir la sensation de renaître et de s'ouvrir à nouveau. Ce mouvement énergétique libère le Shen et nous met en contact avec nos vrais besoins intérieurs, ainsi nous pouvons être ce que nous sommes réellement.

Les mystérieux pouvoirs du Métal (ou P'o) redonnent toute la valeur de la lumière – la lumière de la conscience, qui est aussi la lumière de notre corps et de notre esprit. Comme on le sait, la lumière est l'antidote de la noirceur ainsi que de la peur qui ferme notre cœur. Les Taoïstes disent : « Si la respiration est légère, le cœur est léger… Le cœur ne peut être influencé directement. Alors l'énergie de la respiration est utilisée comme un outil… ». (2)

Les mécanismes de défense induisent habituellement une limitation inconsciente de la respiration ainsi que le resserrement des muscles impliqués le long des méridiens des Poumons et Gros Intestin, sur les mains, les bras, les épaules, le cou, la poitrine et le ventre.

(1) Teeguarden, Iona Marsaa, The Joy of Feeling : Bodymind Acupressure, Japan Publications, Inc., Tokyo et New York, p.69

(2) William, Richard, traduction de "The secret of the Golden Flower", 1931, 1962, Harcourt, Brace et World, Inc., N.Y., p.41